Former les acteurs d’une nouvelle économie agricole et rurale
Résumé des Orientations et Stratégies de formation à l'horizon 2015
La Formation Agricole et Rurale doit avoir pour priorité la modernisation de l'agriculture familiale, l'émergence d'une véritable économie rurale et leur
intégration dans une économie nationale et internationale ouverte. Elle doit appuyer aussi le développement d'une agriculture intensive à base de
capitaux.
Quatre grandes orientations et les stratégies pour les réaliser ont été définies à partir de ces nouvelles missions et priorités :
- Généraliser en milieu rural l'éducation de base et assurer à tous les ruraux l'accès à l'alphabétisation
La généralisation de l'éducation de base et l'accès des adultes à l'alphabétisation ont été retenus comme un préalable indispensable à la bonne
formation professionnelle. C'est l'objectif que le gouvernement souhaite atteindre à l'horizon 2008.
La réalisation de cet objectif nécessite des efforts en matière d'adaptation du modèle de l'école publique pour une population rurale répartie dans près de 14 000 villages, de scolarisation des filles et d'accès des femmes à l'alphabétisation et donc à la formation professionnelle, de synergies entre alphabétisation et formation professionnelle et d'adaptation du contenu de l'éducation de base à l'environnement et aux préoccupations des ruraux.
- Répondre aux besoins de formation professionnelle des ruraux dans tous les domaines
Avec la libéralisation de l'économie mondiale, la formation professionnelle des ruraux, est considérée comme un investissement à long terme
indispensable à l'augmentation de la productivité des ruraux et à leur compétitivité sur le marché national et à l'exportation.
Cette formation est aussi indispensable pour le développement des activités non agricoles en milieu rural pour les paysans obligés de quitter la terre, qui à terme seront plus nombreux que les producteurs et qui ne pourront pas tous être absorbés par une économie urbaine peu dynamique.
Trois stratégies ont été retenues à cet effet :
- appuyer la formulation de la demande de formation des ruraux en systématisant les mécanismes permettant aux ruraux d'identifier et de
formuler leurs besoins, de mobiliser des ressources et des compétences pour y répondre et de s'impliquer dans la formation. Cette démarche
permet une adaptation permanente de l'offre à la demande de formation.
- appuyer l'offre de formation répondant aux demandes des ruraux. Les offres publiques, associatives et privées de formation pour les
ruraux, doivent être soutenues financièrement et en terme de formation de formateurs pour répondre en quantité, en qualité et en diversité aux
demandes des ruraux.
- concéder le service public de la formation professionnelle des ruraux. L'Etat ne pourra pas répondre à l'énorme demande des ruraux
suivant le modèle des institutions publiques de formation, trop coûteux et peu réactif.
Sans remettre en cause le statut de service public de la formation professionnelle, il est proposé que l'Etat concède à des opérateurs associatifs ou privés cette formation sur la base d'engagements contractuels réciproques avec des mécanismes de contrôle. L'Etat et les collectivités locales continueraient à financer les infrastructures, les gros équipements et la formation initiale, les autres formations se faisant sous forme de prestations financées directement ou indirectement par
les bénéficiaires, mais pouvant être en partie subventionnées.
Cette nouvelle forme d'association entre l'Etat et les collectivités locales d'une part et les ONG, les O.P. et le privé d'autre part pourrait être
expérimentée avec la concession des centres de formation professionnelle existants.
- Renforcer, adapter et mieux articuler les formations secondaires et supérieures entre elles et avec celles destinées aux ruraux
Les institutions de formation professionnelle secondaire et les institutions de formation supérieure qui sont pour l'essentiel publiques paraissent
suffisantes en nombre. Les stratégies proposées consistent à améliorer la qualité de leurs offres et à la diversifier en développant les synergies entre
elles :
- créer cinq pôles de formation professionnelle de niveaux secondaire et supérieur court : Il est proposé de découper le Sénégal rural en cinq
grandes régions : fleuve Sénégal, bassin arachidier et zone sylvo-pastorale, zone des Niayes, basse et moyenne Casamance, Sénégal-Oriental et Haute-Casamance.
Dans chacune de ces régions, les institutions de formation publiques et privées seraient organisées en réseau pour répondre de façon
complémentaire aux demandes de formation. Pour des raisons d'avantages comparatifs et d'économie d'échelle, les pôles pourront avoir un
mandat national pour certaines formations. L'idée des pôles régionaux peut s'articuler avec les projets du gouvernement de créer des centres
universitaires régionaux.
- diversifier les formations professionnelles : l'organisation en réseau au sein de chaque pôle permet de diversifier les offres de formation sur la
base des avantages comparatifs de chaque institution et des demandes de formation. Les offres de formation aujourd'hui très centrées sur les
aspects techniques de la production agricole doivent prendre en compte les aspects socio-économiques et de gestion et surtout s'ouvrir
rapidement à l'ensemble des activités non agricoles.
- créer des formations spécialisées associant les universités, les écoles supérieures, les institutions de recherche : le nombre limité de
spécialisations supérieures offertes au Sénégal est plus dû au cloisonnement des institutions qu'à l'absence de personnel compétent pour les
assurer. Une analyse de la demande et de l'offre devrait permettre en exploitant les synergies entre les institutions existantes de répondre aux
demandes pour lesquelles il existe un avantage comparatif à les assurer sur place.
- élargir les missions des institutions de formation à la recherche, au conseil agricole et rural et aux prestations de services privées : Il s'agit de
systématiser la diversification des missions des institutions de formation amorcée avec la réforme de la formation professionnelle de 1991, en
tirant les implications sur le plan de l'organisation, des obligations professionnelles des enseignants et de leur carrière, de la gestion et du
financement.
- Réguler l'ensemble des institutions publiques et privées de formation agricole et rurale
Les stratégies suivantes visent à créer des mécanismes ayant les compétences et les pouvoirs pour réguler l'ensemble de la FAR et en assurer la
durabilité financière.
- Créer un mécanisme interministériel de régulation et y associer l'ensemble des acteurs publics et privés : la répartition des institutions publiques
de FAR entre quatre ministères et la proposition ci-dessus de faire de la formation des ruraux à la base une concession de service public
suppose qu'en plus des services ou directions ministérielles, il y ait un mécanisme interministériel chargé de l'élaboration, du suivi, de
l'évaluation et de la coordination de la politique de formation.
Les conseils régionaux, les institutions de formation publiques, associatives et privées, ainsi que les organisations professionnelles doivent participer à ce mécanisme
Cette fonction de régulation doit être décentralisée pour les formations organisées au niveau des pôles qui ont été proposées tout en
restant coordonnée au niveau national. Les conseils régionaux, les conseils ruraux, les institutions de formation, les ONG, les O.P., les
représentants du secteur privé doivent s'associer pour jouer ce rôle.
Les collectivités locales et les utilisateurs doivent aussi participer aux conseils d administration et aux conseils pédagogiques des
institutions publiques et de celles concédées.
- Assurer une coordination et une coopération verticale et horizontale des institutions de formation : les instances de tutelle, les conseils
d'administration et les conseils pédagogiques doivent assurer une cohérence et une complémentarité entre les structures de formation.
- Assurer le financement durable du système national de formation agricole et rurale :
Il est proposé en plus d'un accroissement des contributions de l'Etat, que progressivement, les collectivités locales assurent avec celui-ci
le financement de la formation initiale et contribuent au financement des autres formations. Les bénéficiaires doivent aussi directement ou
par le biais de prélèvements sur leurs activités participer au financement de leur formation. Les institutions de formation doivent aussi par
des prestations de service diverses réaliser des ressources complémentaires.
Les coûts unitaires de la formation doivent aussi être réduits par le recours à d'autres modèles de formation : concessions de service
public, formations sur le terrain ne nécessitant pas d'infrastructures, recours aux professionnels par le biais de l'apprentissage ou comme
formateurs dans les institutions.
L'aide de bailleurs de fonds sera cependant indispensable pendant quelques années encore.
La planification stratégique de la FAR
Les orientations et stratégies proposées ci-dessus nécessitent encore un exercice de planification stratégique pour les traduire en programmes
d'actions opérationnels et chiffrés.
Dans ses grandes lignes, la démarche consiste à découper le travail de planification en un certain nombre de «chantiers», chaque chantier étant
confié à un comité de planification.
Cinq chantiers régionaux correspondent aux pôles régionaux retenus. Deux chantiers horizontaux correspondent l'un à la création d'un système
d'information pour les ruraux, l'autre aux formations supérieures agricoles et rurales. Un comité national mis en place par les ministères de tutelle
pilotera l'ensemble de l'exercice qui sera validé par un colloque national.
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